La culture est la grande oubliée des programmes politiques. Vous lui accordez une place plus importante que vos adversaires. Pourquoi ?

RENAUD PAYRE : La culture, c’est la Gauche. La culture est importante parce qu’elle offre des clés pour comprendre le monde, pour ne pas désespérer, pour s’engager, pour résister, pour faire grandir la démocratie. La culture, c’est l’espérance offerte à tous et même à celles et ceux qui ne croient plus en rien. La culture, c’est pour la jeunesse une merveilleuse porte ouverte sur l’avenir, en particulier quand l’avenir semble bouché, ce qui est le cas dans la période que nous vivons. Des personnalités inconséquentes dirigent le monde. L’économie mondialisée sème du désordre. Une pandémie lève de multiples interrogations. Depuis quelques jours, les ventes du roman, La Peste, d’Albert Camus, sont en augmentation. Il a été publié en 1947 mais la permanence du sujet et de son approche apporte des réponses aux questionnements et aux angoisses d’aujourd’hui.

Comment voyez-vous la situation de la culture dans la Métropole ?

RENAUD PAYRE : Elle est paradoxale. D’un côté, il existe de beaux équipements et de beaux événements, tous avec une renommée forte, qui font la réputation de notre territoire. D’un autre côté, il existe des inégalités de traitement entre les différents secteurs géographiques qui ont deux origines politiques. En 2014, des villes de Gauche, qui avaient misé sur la culture, sont passées à droite, comme Rillieux-la-Pape ou Saint-Priest : les nouveaux maires ont, soit coupé les subventions aux équipements culturels, soit mis en œuvre une politique culturelle à rabais. À partir de 2015, à la Région Auvergne-Rhône-Alpes, les équipes de Laurent Wauquiez ont à leur tour réalisé des coupes claires dans le budget alloué aux compagnies, les mettant en grand danger. Face à cela, plus que jamais le projet de la Métropole doit être culturel, conçu avec les artistes, au service de la diffusion des œuvres. C’est ce que nous ferons.

Qu’est-ce qui caractérise le projet culturel de la Métropole ?

RENAUD PAYRE : Je résumerai notre projet en deux grandes aspirations. D’une part, rendre la culture accessible à celles et ceux qui en sont le plus éloignés, comme les habitants des quartiers prioritaires, mais aussi favoriser l’émergence de lieux ou d’événements en proximité avec une logique de répartition équilibrée entre les communes. D’autre part, favoriser la création en garantissant l’indépendance des artistes. Ce n’est pas aux élus de valider le contenu d’un œuvre. C’est aux élus de préserver leur liberté d’écrire,  d’imaginer, de créer.

Des équipements de lecture publique ouverts 7 jours sur 7 : est-ce la principale mesure emblématique de La Gauche unie ?

RENAUD PAYRE : C’est effectivement une mesure forte ouvrant l’accès à la connaissance de 9h à 21h chaque jour. D’autres ont leur importance comme les résidences d’artistes dans les collèges, la gratuité des musées métropolitains Confluence et Lugdunum pour les bénéficiaires des minimas sociaux ou la mise en réseau des bibliothèques.

Mémoire des Canuts, mémoire de la Résistance, La Gauche unie a la volonté de les valoriser. C’est une approche très lyonnaise. Qu’en est-il de la mémoire des communes plus ouvrières ?

RENAUD PAYRE : L’histoire des communes et des quartiers, le patrimoine vernaculaire de la Métropole doivent faire l’objet d’une attention systématique et d’envergure. Trop longtemps, le passé exceptionnel de Lyon a éclipsé d’autres histoires, d’autres mémoires, d’autres lieux témoignant des savoir-faire industriels, de la condition ouvrière et de l’immigration mais aussi d’une tradition agricole et rurale. Ces histoires seront à valoriser par des études, par une signalétique adaptée, grâce à des guides et à un réseau d’amateurs éclairés.

Avec l’épidémie de coronavirus, de nombreux événements culturels sont annulés. Les indépendants tirent la sonnette d’alarme, montrant la menace qui pèse sur leurs structures. Vous sentez-vous solidaire ?

RENAUD PAYRE : Complètement ! Le secteur culturel est vaste, fait de nombreux métiers interdépendants, qui vont des artistes aux techniciens et opérateurs, mais aussi aux photographes, pigistes, producteurs… pour n’en citer que quelques-uns. Tous sont touchés, certains plus que d’autres. Dans une Métropole, qui tire sa réputation de l’action artistique et culturelle, le soutien de la collectivité apparaît comme une juste reconnaissance et une absolue nécessité.

Vous avez rencontré le collectif des indépendants du secteur culturel. Quelles mesures leur avez-vous proposées ?

RENAUD PAYRE : Nous avons tenu à maintenir ce rendez-vous car la solidarité passe par l’échange et par la relation humaine. Dès le lendemain de l’élection, la Métropole doit effectivement s’engager. La Gauche unie proposera la création d’une cellule de crise mobilisable dès la désignation de la nouvelle assemblée. Nous demanderons aussi la création d’un fonds de soutien exceptionnel en concertation avec le secteur culturel et avec l’ensemble des acteurs concernés au national, à la Région, à la Métropole et dans les communes. Nous réclamerons le maintien des subventions engagées. Nous proposerons encore un accompagnement des structures et des personnes quant aux recours susceptibles d’être formulés auprès des organismes, notamment pour les droits, l’intermittence, le chômage… À situation exceptionnelle, mobilisation exceptionnelle. La Gauche unie est pleinement solidaire du secteur culturel car le risque existe qu’il soit le grand oublié, le grand sacrifié de la solidarité. Lors des attentats de 2015, nous avions assisté à une solidarité unanime et sans précédent. La situation n’est pas la même. Mais l’effort doit l’être.