Des candidats ont fait de la sécurité un thème de campagne. Elle n’est pas une compétence phare de la Métropole.  Alors pourquoi ?

RENAUD PAYRE : La sécurité est un sujet majeur, préoccupant pour chaque territoire, avec des conditions de « sécurité du quotidien » qui se sont dégradées. Cela vient des incivilités en augmentation. Cela vient aussi de la hausse du trafic de stupéfiants — le cannabis notamment — qui se fait souvent à la vue de tous. Ces trafics génèrent des nuisances et de l’inquiétude.

C’est compréhensible, non ?

RENAUD PAYRE : Bien sûr ! Beaucoup ont le sentiment d’une impunité pour les trafiquants et, par conséquent, d’une impuissance des pouvoirs publics. Il est donc normal que la Métropole s’en préoccupe. Que le sujet de la sécurité s’invite dans la campagne métropolitaine ne me choque pas. En revanche, certains candidats, en particulier l’extrême-droite, se positionnent comme si la Métropole avait tout pouvoir : c’est mensonger.

Qui a la responsabilité de la sécurité ?

RENAUD PAYRE : C’est d’abord à l’État, via sa police nationale, qu’il revient d’assurer la sécurité publique. Mais l’État est en panne sur ce sujet, la police de proximité promise pendant la campagne présidentielle semble aux oubliettes et les commissariats de quartier sont abandonnés voire fermés, comme à la Guillotière ou prochainement dans le 5e arrondissement. La Gauche unie le dénonce fermement.

Comment intervient la Métropole ?

RENAUD PAYRE : Cette mission de sécurité est ensuite partagée avec les communes notamment sur la tranquillité publique qui relève des polices municipales. La Métropole a, quant à elle, la responsabilité de la circulation, de la sécurité routière et de la sécurité civile avec les sapeurs-pompiers. Pour autant, le désengagement de l’État pèse sur les collectivités territoriales. Quand votre partenaire bat de l’aile, il est difficile de porter une politique efficace. Gérard Collomb a d’ailleurs une double responsabilité : en tant qu’élu local ; en tant qu’ancien ministre de l’Intérieur, où il a mis en œuvre la politique Macron.

Sur la sécurité, quels sont les principes portés par la Gauche unie ?

RENAUD PAYRE : Pour la Gauche unie, la sécurité est un droit pour toutes et tous, partout. Ce principe fonde notre contrat social. Plusieurs études ont montré que le niveau des salaires, le degré des inégalités sociales, le chômage des jeunes ont une influence sur l’augmentation de la délinquance. Il n’y a pas d’amélioration durable de la sécurité sans réduction des inégalités.

Est-ce pour cette raison que, dans son projet, la Gauche unie a intégré la sécurité dans tous les thèmes de la vie quotidienne ?

RENAUD PAYRE : Oui ! Pour la Gauche unie, la sécurité est un droit de chaque instant. Notre plan de prévention santé est fondé sur une approche globale : sanitaire, écologique ou liée aux risques majeurs. Le Coronavirus nous offre un exemple concret quant aux coopérations à imaginer entre les communes. Notre plan « Tous à la nage », qui consiste à apprendre aux jeunes à nager, doit éviter les noyades qui créent des drames chaque été. Mieux protéger les femmes victimes de violences, mieux accompagner les personnes LGBT+ victimes d’agressions gratuites intolérables, prévenir les violences de la sphère familiale, faire bloc contre le racisme et l’antisémitisme, ce sont d’autres mesures fortes de notre projet. Nous portons aussi un intérêt aux situations relatives à l’âge : d’une part, aux mineurs par l’aide sociale à l’enfance pour éviter les conduites à risques : d’autre part, aux personnes âgées, plus exposées à la solitude. La Gauche unie a une vision large de la sécurité, ce qui fait sa différence.

Comment comptez-vous travailler avec les autres acteurs ?

RENAUD PAYRE : La Gauche unie mise sur le dialogue permanent avec chaque commune et avec chaque acteur. L’État, je le disais, a abandonné les territoires avec la baisse des effectifs dans les commissariats de police. Les maires ont dû pallier cette situation dramatique avec leurs polices municipales. Les élus locaux sont aujourd’hui incontournables dans la gestion de la sécurité : par la légitimité qu’ils détiennent, par leur connaissance du territoire et leur place de premier interlocuteur de la population, par  leur rôle au sein des conseils locaux de sécurité qu’ils président, par les prérogatives de leur police municipale. Sur la sécurité, la Métropole doit travailler à côté des maires.

Quelles mesures nouvelles votre liste de rassemblement « La Gauche unie » entend-t-elle mettre en place ?

RENAUD PAYRE : Nous voulons d’abord créer un Comité métropolitain de sécurité et de prévention de la délinquance. Partager les constats et les diagnostics, c’est la base pour agir ensemble sur les mêmes fléaux. La Gauche unie souhaite resserrer son action là où la Métropole est compétente : la tranquillité dans les transports en commun et sur les espaces publics les plus fréquentés notamment par le renfort des actions de médiation. Les transports urbains feront l’objet d’un plan spécifique en lien avec le SYTRAL et l’État. Les moyens du Service départemental métropolitain d’incendie de secours qui rassemble les sapeurs-pompiers de la Métropole, seront renforcés en faveur notamment de la prévention, de l’éducation et de l’information.

 La vidéosurveillance est clivante. Quelle est la position de la Gauche unie ?

RENAUD PAYRE : Les caméras filment mais elles ne protègent pas. Elles peuvent intervenir dans l’élucidation d’un délit, c’est vrai. Elles peuvent aider pour le contrôle de la circulation. Mais elles peuvent d’autant moins se substituer à la présence humaine que leur effet dissuasif n’a pas été démontré. Les évaluations, y compris à Londres qui a été pionnière dans les dispositifs de vidéosurveillance, n’en font pas une réponse miracle. Quant à l’installation de caméras de vidéosurveillance dans la rue ou sur une place, cela relève de la responsabilité des maires et pas du tout du président de la Métropole. C’est pourquoi il ne faut pas lui conférer plus de pouvoir qu’il n’a en réalité.

Plus de prévention, dit le projet de la Gauche unie : est-ce idéologique ? 

RENAUD PAYRE : C’est le piège dans lequel la droite s’est enfermée depuis les années 2000 et la nomination de Nicolas Sarkozy au ministère de l’Intérieur : d’un côté, le discours de la fermeté ; de l’autre, une diminution continue des budgets et des effectifs. C’est, à cette époque, que le discours sur la vidéosurveillance s’est amplifié. Les caméras ont progressivement remplacé la présence humaine. Les interventions ont été de plus en plus violentes également. Tout cela pour quel résultat ? L’insécurité n’a pas régressé. La défiance envers la police s’est amplifiée. Les conditions de travail des policiers se sont dégradées. Dans chaque commissariat, la désillusion est aujourd’hui palpable.

Gérard Collomb, en tant qu’ancien ministre de l’Intérieur, est-il responsable ?

RENAUD PAYRE : Effectivement, il a tenu plusieurs discours qui n’ont rien arrangé. En tant que maire de Lyon, il s’est fait l’apologiste de la vidéosurveillance, il a placé des caméras partout autour de l’Hôtel de Ville, ce qui n’a pas empêché l’ambiance de se dégrader. Le gouvernement dont il a fait partie continue d’entretenir l’ambiguïté que je dénonçais. Nous attendons toujours la police de la proximité et l’augmentation des effectifs des commissariats. En revanche, la réponse sécuritaire est à l’origine de faits graves, y compris à Lyon.

Comment mène-t-on aujourd’hui une politique de prévention ? 

RENAUD PAYRE : Par de la médiation et par une action en lien avec les communes et les acteurs de terrain, dont le travail doit être plus fortement soutenu. Nous continuerons à plaider auprès de l’État pour la généralisation de la police de proximité en commençant par les quartiers prioritaires. Nous travaillerons avec les organismes de logements sociaux sur la tranquillisation des espaces privés et des parties communes des immeubles. Nous ferons du renforcement des réseaux d’éducateurs de rue, une priorité. Présence humaine et proximité sont au cœur de notre projet.

À suivre, septième volet : la culture, c’est la Gauche