Dans votre programme, vous proposez un grand pacte métropolitain de la jeunesse, pourquoi ?

RENAUD PAYRE : Les 15-29 ans représente 23,4% des habitants de l’agglomération, c’est 6 points de plus que la moyenne française. En France comme dans la Métropole, les politiques jeunesse ne sont pas à la hauteur de l’enjeu. Il existe des actions ici et là qui sont intéressantes. Mais il n’y a ni cohérence ni cohésion. Les jeunes sont les grands abandonnés des politiques publiques. Ils sont aujourd’hui les premiers à souffrir de la précarité. La moitié des Français qui vivent sous le seuil de pauvreté ont moins de 30 ans. Nous ne pouvons plus attendre.

Jeunesse : la Gauche unie donne un grand coup d’accélérateur, n’est-ce pas ?

RENAUD PAYRE : Oui ! Nous sortons les politiques jeunesse de l’angle mort dans lesquelles elles ont été placées. La Métropole dispose de compétences pour agir, qui permettent de couvrir tous les âges, du collège à l’université ! Elle peut définir des priorités, coordonner les actions mises en place par les communes et les acteurs de la jeunesse. À la Métropole, la Gauche unie changera de cap.

Que contient le Pacte pour la jeunesse que vous proposez ?

RENAUD PAYRE : Il donne tout de suite la parole aux jeunes. Dès notre élection, nous commençons par des Assises de la jeunesse au cours desquelles les jeunes peuvent venir s’exprimer. Ensuite, nous leur donnons un budget participatif d’un million d’euros par an pour soutenir leurs projets en lien avec les structures d’éducation populaire. Nous mettons aussi l’effort sur les actions d’accompagnement : nouvelle stratégie pour le Fonds d’aide aux jeunes (FAJ), création d’un portail métropolitain de la jeunesse, convention de partenariat avec le Centre régional d’information jeunesse (CRIJ)… Nous proposons la création de « Maisons de la jeunesse » qui regroupent les missions locales, les centres d’information, la médecine de prévention, des espaces d’incubation de projets… Pour la jeunesse aussi, nous agissons vite, nous frappons fort.

La métropole de Lyon est étudiante, avec trois universités publiques, plusieurs campus et écoles de renom. Comment envisagez-vous l’accueil des étudiants ?

RENAUD PAYRE : 150 000 étudiants – c’est la taille d’une ville comme Villeurbanne ! – vivent sur la métropole.  Selon les prévisions, ils seront 180 000 en 2025. Certains s’en iront après leurs études. D’autres resteront. Pour toutes et tous, la métropole sera le lieu où ils ont fait leurs études, un lieu qui compte forcément dans la mémoire individuelle. L’enjeu majeur est celui du logement, premier frein à la poursuite des études. Certains les arrêtent, parce qu’ils n’arrivent pas à se loger, surtout quand leurs parents n’ont pas les moyens. La Gauche unie est claire : créer des logements sociaux étudiants avec l’État, le Crous, la Région et les bailleurs sociaux ; investir dans la rénovation des cités universitaires ; soutenir le développement des colocations solidaires ainsi que l’offre en foyer de jeunes travailleurs. Justice sociale pour les jeunes, c’est le mot d’ordre de la Gauche unie.

Les jeunes ne se soignent pas. La santé est-elle une préoccupation de la Gauche unie ?

RENAUD PAYRE : Bien des jeunes ne se soignent pas faute d’argent, faute d’accès aux médecins ou à cause de délais d’attente trop long. D’abord, ils diffèrent leur rendez-vous. Puis ils finissent par renoncer. Les structures de prise en charge du mal-être étudiant font cruellement défaut. Or la détresse et la souffrance psychologique existent. C’est quand même, ici à Lyon, qu’un jeune s’est immolé pour alerter sur la précarité des jeunes. Qui peut l’accepter ? Il faut des lieux de prise en charge, de soin, de suivi. Au-delà de la santé à proprement parler, c’est toute une politique du bien-vivre qui doit s’imaginer en facilitant l’accès à la culture, aux clubs sportifs, en accompagnant les initiatives associatives étudiantes.

Dans le cadre de vos fonctions professionnelles, vous dénoncez depuis longtemps ce marqueur social qu’est l’accès aux études supérieures. Pour le dire simplement, plus on est issu d’une famille modeste, moins on a de chance de pouvoir y accéder. Est-ce toujours vrai ?

RENAUD PAYRE : Bien sûr ! Et c’est inacceptable pour la Gauche unie. Comme c’est intolérable pour le responsable d’un établissement d’enseignement supérieur que je suis. Beaucoup de jeunes – issus des quartiers populaires notamment – pensent que les études « ne sont pas pour eux ». En fin de cinquième année de parcours supérieur, quand vous portez un nom à consonance maghrébine, l’accès à un stage est parfois impossible. La Gauche unie ne se gargarise par de rayonnement et d’attractivité universitaires qui sont en réalité des cache-misères.

Où agit la Gauche unie ?

RENAUD PAYRE : En amont ! Partout ! Mieux soutenir l’éducation dans les quartiers prioritaires, lutter contre le décrochage scolaire, créer une aide à l’intégration scolaire (AIS) pour tous les collégiens de familles relevant des minimas sociaux, c’est dans notre projet. Auprès de la Région et de l’État, nous exigerons plus de moyens pour les missions locales pour l’insertion professionnelle des jeunes en particulier dans de nouvelles filières liées aux « métiers verts » qui sont des métiers d’avenir !

Jeunesse et pouvoir d’achat : que proposez-vous ?

RENAUD PAYRE : La gratuité des transports en commun, mais aussi des aides pour la culture, l’expression artistique, le sport… en plus de logements sociaux, des premiers mètres cubes d’eau gratuits. Pour les jeunes relevant de l’Aide sociale à l’enfance (ASE), nous définirons une politique d’accompagnement spécifique au moment du passage à leur majorité. Car la sortie « brutale » de l’ASE laisse beaucoup d’entre eux sans ressource du jour au lendemain, ce qui crée des drames.

La jeunesse n’est pas toujours bien perçue… elle peut aussi être associée aux turbulences et aux tapages nocturnes voire à la délinquance. Que répondez-vous ?

RENAUD PAYRE : Il y a deux situations bien distinctes qu’on ne peut pas confondre. La première est celle du regard de la société sur sa jeunesse. Les jeunes ont toujours agacé ou fait peur. Oui, un jeune, ça chahute, ça sort tard et ça fait du bruit. Mais ce sont aussi les jeunes qui obligent les générations précédentes à changer leur logiciel, les jeunes qui se mobilisent pour le climat ou pour les retraites. Ils ont une conscience citoyenne. Ils veulent s’investir. À nous de leur donner les espaces ! C’est dans le projet de la Gauche unie. À l’inverse, la deuxième situation est tragique. Des mineurs se retrouvent pris au piège de la délinquance, entraînés dans le trafic de stupéfiants. Cette situation nécessite : une double réponse de la police et de la justice ; et une réponse préventive ou de médiation sur laquelle la Métropole peut agir. C’est un sujet sur lequel autant Gérard Collomb que David Kimelfeld n’ont pas été à la hauteur. C’est un sujet sur lequel la Droite et le Rassemblement national apportent des solutions, fondées soit sur la morale soit sur l’exacerbation des peurs, ce qui ne résout rien.

Ces dernières années, la Métropole a vu arriver des jeunes migrants, appelés « mineurs non-accompagnés ». Dans ses compétences de protection de l’enfance, la Métropole doit en assurer la prise en charge. Quelle est la position de la Gauche unie ?

RENAUD PAYRE : Une position humaine d’abord ! Et une position de respect du droit ensuite. Voir des enfants livrés à eux-mêmes, dormir dans la rue, vivre la détresse la plus totale… c’est moralement inacceptable. Ministre de l’Intérieur, président de la Métropole et maire de Lyon, Gérard Collomb a failli. Ses prises de position, qui avaient l’ambition de caresser une certaine opinion publique dans le sens du poil, sont indignes. La Gauche unie souhaite la création de structures adaptées et pérennes pour ces mineurs étrangers avec de réelles mesures d’accompagnement. L’État, qui se défausse, toujours dans le double discours, doit également jouer son rôle, avec une meilleure répartition de l’accueil entre les territoires. La Gauche unie est aussi fermement opposée à la pratique des tests osseux pour déterminer l’âge des jeunes migrants. L’Académie française de médecine, le Défenseur des droits, le Haut Conseil de la santé publique ou encore le Comité des droits de l’enfant des Nations Unies sont unanimes sur ce point !

Le collège est un maillon de la bonne intégration de la jeunesse. La Métropole en a la responsabilité. Confirmez-vous qu’il s’agit d’un gros chantier de la Gauche unie également ?

RENAUD PAYRE : La Gauche unie s’est engagée à ouvrir, d’ici à 2026, au moins 5 nouveaux collèges à taille humaine — en plus des 3 collèges déjà programmés. 600 élèves est le seuil à ne pas dépasser. Nous proposerons un Projet éducatif métropolitain en lien avec les compétences de la Métropole comme le développement durable, l’utilisation critique des DATA publiques, la sécurité routière et les modes doux, la prévention des déchets … Nous soutiendrons l’éducation artistique et culturelle avec des artistes en résidence dans les collèges. Nous encouragerons les pratiques sportives avec un plan « Tous à la nage » pour apprendre à nager. Un service public du périscolaire, ouvert à tous les enfants, sera une priorité car les adolescents doivent pouvoir respirer autrement que par les jeux vidéo, les téléphones portables et les réseaux sociaux ! Un autre enjeu important porte sur l’éducation à la santé, l’éducation sexuelle et la prévention des addictions. L’adolescence est une période de vulnérabilité. Les enfants doivent pouvoir poser des questions et se construire sur la base d’informations et de connaissances fiables. A cela s’ajoutera, un plan d’innovation numérique des collèges. Notre projet sur le collège est particulièrement ambitieux, c’est vrai. Les parents nous attendent !-

Si vous aviez un point de votre Pacte pour la jeunesse à défendre ?

RENAUD PAYRE : Je les défendrais tous ! Plus sérieusement, dans toutes nos actions, nous favorisons la citoyenneté des jeunes. Nous les soutiendrons dans des projets d’utilité sociale. Les jeunes de 16 à 18 ans pourront par exemple expérimenter l’entreprenariat coopératif durant l’été ! Nous renforcerons leur présence au sein de l’institution métropolitaine. Ils pourront participer conseil de développement métropolitain puisqu’un « collège jeunes » sera créé. Des rencontres entre les jeunes et les élus de la Métropole favoriseront le dialogue direct. Nous organiserons chaque année un forum métropolitain de la jeunesse. À tous les jeunes, la Gauche unie dit : cette Métropole est à vous, ce territoire vous appartient, prenez votre place.

À suivre, sixième volet : la sécurité, c’est pour toutes et tous