En ce début d’année, les enquêtes d’opinion révèlent une amélioration du pouvoir d’achat des Français. Y croyez-vous ?

RENAUD PAYRE : Les chiffres ont leur vérité ! Ces enquêtes montrent surtout que, lorsqu’il y a un petit effet positif, il est très en dessous des besoins réels de la population.  En 2017, le gouvernement d’Emmanuel Macron a d’abord commencé à faire des cadeaux fiscaux aux plus riches, tout en diminuant les Aides Personnalisées au Logement (APL) indispensables aux plus modestes. Avec la crise des gilets jaunes – crise du pouvoir d’achat et colère liée aux inégalités –, le gouvernement a tenté d’infléchir sa politique en faveur des classes moyennes. Mais le cumul des baisses — prestations sociales, aides au logement, assurance chômage — a aggravé la situation des  plus modestes, des chômeurs et de nombreux retraités. Beaucoup d’entre eux ont perdu. Pour quelques-uns il est vrai, le gain annuel est de quelques dizaines d’euros, autant dire des miettes. Il est donc mensonger de parler d’augmentation du pouvoir d’achat et de faire croire qu’il y aurait eu une amélioration due aux politiques Macron-Philippe. La Gauche unie s’inscrit en faux.

La Gauche unie rappelle régulièrement que la précarité existe dans la Métropole y compris au centre de Lyon. Est-ce un axe de travail dans la construction de vos propositions ?

RENAUD PAYRE : Nous sommes face à une situation en trompe-l’œil. Pendant des années, Gérard Collomb a fondé sa politique sur la théorie du ruissellement. L’augmentation de la richesse des riches aurait dû contribuer à faire régresser la pauvreté des pauvres. Cette idée profondément libérale est un leurre. C’est un peu comme croire au prince charmant. Des analyses montrent le contraire : plus les plus riches s’enrichissent, plus les plus pauvres s’appauvrissent. Le revenu moyen des habitants de la Métropole est plus élevé que la population française dans son ensemble. Mais le taux de pauvreté y est aussi supérieur. Il y a peut-être plus de riches mais il y a aussi plus de pauvres. C’est là où la thèse Collomb aboutit à un échec. Alors oui, la lutte contre la précarité a été centrale dans la réflexion de notre projet.

Comment analysez-vous les inégalités dans la Métropole lyonnaise ? Les différences entre les territoires sont-elles fortes ?

RENAUD PAYRE : Les inégalités sont très fortes entre les 59 communes. Des disparités existent entre, d’une part, celles de l’ouest et du nord et, d’autre part, celles de l’est. Mais ces différences existent aussi à l’intérieur des villes, entre les quartiers : Lyon 8e n’est pas Lyon 6e. Les communes de l’est de l’agglomération concentrent des populations aux revenus très modestes, avec un taux de pauvreté de plus de 20%, pouvant même atteindre les 30%. La Métropole doit se soucier de tout le monde pour emmener tout le monde. Car les « premiers de cordée » qui, dans la théorie du ruissellement devraient guider la société vers un avenir moins précaire, ont plutôt tendance à vivre entre eux. C’est pourquoi, avec la Gauche unie, nous souhaitons créer un Observatoire des inégalités territoriales pour avoir une connaissance précise de la précarité afin de pouvoir la combattre. Nous pourrons agir plus finement et plus justement.

Comment comptez-vous soutenir le pouvoir d’achat des habitant.e.s ? Et d’abord, est-ce qu’une Métropole peut le faire ?

RENAUD PAYRE : Une Métropole ne peut pas fixer seule le niveau des prix, c’est évident. Elle n’a pas de compétences, elle n’a pas d’outils, pour réguler le coût de la vie. Mais elle a les moyens de prendre des décisions qui vont corriger ou influencer les prix. Prenons quelques exemples ! Ce qui mine aujourd’hui le pouvoir d’achat, ce sont les dépenses obligées : le loyer qui peut représenter pour les plus précaires jusqu’à 40% du budget du mois, le paiement des factures d’eau et d’énergie ou le coût des transports. Quand nous proposons de réguler le prix des loyers pour éviter de les laisser exclusivement à la promotion immobilière privée, nous agissons pour le pouvoir d’achats. Quand nous décidons la gratuité des transports en commun pour les bénéficiaires des minimas sociaux, les étudiants, les scolaires et les apprentis, nous agissons sur le pouvoir d’achat. La crise des gilets jaunes est née de l’augmentation des taxes sur les prix du carburant. Le budget consacré chaque mois à l’essence atteint des sommes considérables. Donner aux gens les moyens de se déplacer autrement est un enjeu majeur pour demain, enjeu d’écologie, de santé publique et de pouvoir d’achat. Enfin, quand nous proposons la gratuité des 10 premiers mètres cubes d’eau, nous agissons aussi pour le pouvoir d’achat. Voilà clairement ce que nous pouvons faire.

Environ cent mesures du projet de la Gauche unie concerneraient directement le pouvoir d’achat, n’est-ce pas ?

RENAUD PAYRE : Absolument. Je peux citer aussi l’aide à la rénovation énergétique du parc social et privé de logements. Un logement bien isolé est un logement qui coûte moins cher. Je peux citer la création de 6 000 logements sociaux nouveaux chaque année, création également de logements sociaux pour les étudiants et des résidences médicalisées pour les personnes âgées (qui coûtent une fortune dans le privé). Nous porterons à 21 euros le taux de la prise en charge des services d’aide à domicile en direction des personnes âgées et des personnes en situation de handicap. C’est important pour les familles pour qui la dépendance d’un proche est presque toujours un drame affectif et financier.

Revenons à la gratuité ciblée des transports en commun. Vous n’êtes pas le seul à l’annoncer. David Kimelfeld et Bruno Bernard sont sur la même partition. Qu’est-ce qui vous différencie ?

RENAUD PAYRE : David Kimelfeld, en tant que président de la Métropole, a fait voter la gratuité des transports… mais pour les congressistes et touristes d’affaires ! Chacun apprécie l’effort social de l’actuel président de la Métropole qui, sur la solidarité, se prend souvent les pieds dans le tapis ! C’est d’ailleurs la limite de la politique d’attractivité et de ruissellement défendue par le duo Collomb-Kimelfeld. La Gauche unie souhaite, à l’inverse, s’intéresser à celles et ceux qui vivent là, étudiants et personnes âgées par exemple qui, même avec des revenus faibles, dès lors qu’ils ne sont ni congressistes ni touristes d’affaires, sont obligés de payer leur ticket. Avec Europe Écologie Les Verts, nous sommes effectivement en phase sur la question des transports et des déplacements, ce qui n’est pas étonnant.

Pourtant sur le logement et sur l’aménagement urbain, vous n’hésitez pas à envoyer quelques coups de griffes à Europe Écologie Les Verts. Considérez-vous que la politique logement et urbanisme d’Europe Écologie Les Verts profite finalement aux plus aisés ?

RENAUD PAYRE : Je considère que la politique logement et urbanisme d’Europe Écologie Les Verts manque d’esprit social. Je l’ai dit et même dénoncé. C’est notre différence. Vouloir moins de densification, tout en luttant contre l’étalement urbain et en ralentissant la croissance démographique, voilà un projet surprenant ! Bien inspirés ceux qui prétendent contrôler la démographie d’une agglomération : les candidats d’EELV voudraient-ils installer des barrières aux frontières de la Métropole ou mettre en place la politique de l’enfant unique ? Ce n’est pas très sérieux ! Ralentir le rythme de développement et donc de constructions revient aussi à prendre le risque de faire monter les prix déjà extrêmement élevés et, par voie de cause à effet, de repousser les classes moyennes et populaires à la périphérie.

Pour la Gauche unie, agir sur le logement est déjà un acte pour faire face à l’augmentation du coût de la vie ?

RENAUD PAYRE : La liste d’attente pour obtenir un logement social est comme un jour sans fin. Il faut parfois des années pour obtenir un appartement. Or c’est bien parce que le prix des loyers privés est élevé qu’on se dirige vers les bailleurs sociaux. La vie a aussi ses revers qui fragilisent. Quand un couple se sépare, les difficultés viennent en chaîne. On ne compte plus les quadra qui retournent chez leurs parents ou utilisent le canapé d’un ami, une semaine sur deux. Mécaniquement, si l’offre de logements se raréfie, les prix explosent. Ce sont les ménages modestes et moyens qui en font alors les frais. Si une politique écologiste conduit à renforcer la gentrification des villes, c’est-à-dire l’occupation des centres par des classes plus aisées, les classes populaires et moyennes se verront contraintes de partir là où c’est moins cher. Ce sera pire qu’aujourd’hui ! Voilà le grand risque  de la politique voulue par Europe Écologie Les Verts.

Aider le pouvoir d’achat revient à soutenir la consommation. Est-ce une idée de gauche ? Et est-ce une idée écologiquement soutenable, sachant que consommation et environnement ne font pas toujours bon ménage ?

RENAUD PAYRE : Toutes nos propositions pour rendre la vie moins chère sont favorables à l’environnement ! L’une ne va pas sans l’autre. Écologie doit être synonyme de vie meilleure ! Un logement rénové énergétiquement a une incidence sur l’écologie et sur le porte-monnaie. Des transports en commun performants et moins chers ont des effets sur la pollution et sur le budget familial. La gestion publique de l’eau préserve la ressource eau et amène des économies avec une tarification sociale et avec les 10 premiers m3 gratuits.

Le grand emprunt écologique est-il aussi une mesure pour réduire le recours à l’impôt ?

RENAUD PAYRE : Le grand emprunt écologique, que seule la Gauche unie propose, est destiné à financer la transition écologique, le logement et l’économie circulaire. Il fait appel aux citoyens, qui le peuvent, et permet à la Métropole de s’exonérer des circuits financiers classiques avec les difficultés d’accès aux prêts bancaires (taux pour les particuliers et les PME, garanties) que l’on connaît. Le grand emprunt écologique sera porté par une coopérative d’investissement citoyenne, un investissement éthique des particuliers pour les particuliers qui va renforcer l’effort déjà important de la Métropole. Ce grand emprunt écologique a deux grandes vertus. D’abord, permettre aux classes plus favorisées de s’engager pour leur territoire : c’est beaucoup mieux que d’acheter des actions à la Française des jeux. Ensuite, agir sans augmentation d’impôts locaux.

Une fois le loyer et les charges fixes réglés, bien des familles n’ont plus de budget pour leurs loisirs. Est-ce un autre axe de réflexion de la Gauche unie ?

RENAUD PAYRE : Nous voulons clairement « redonner de l’air » aux familles, c’est-à-dire du sport, de la culture, des loisirs. Nous nous opposons fondamentalement aux années Collomb-Kimelfeld. À la place d’une Métropole hypertechnocratique, nous bâtirons une Métropole du service public avec des tarifications qui tiennent compte des revenus de chacun et avec une mise en réseau des équipements. C’est une condition de l’équité. Ces tarifs progressifs, nous les appliquerons par exemple pour l’accès aux musées métropolitains qui doivent s’ouvrir à tous, non pas seulement aux touristes.

Une alimentation de qualité pour tous est un autre cheval de bataille de la Gauche unie : là aussi, en quoi est-ce un coup de pouce au pouvoir d’achat ?

RENAUD PAYRE : Qui n’a pas dit que le bio, pourtant indispensable à la santé, était hors de prix, donc destiné aux plus aisés. Soutenir la création de plates-formes d’approvisionnement en produits locaux et bio sera une priorité et aura un effet sur leurs prix. Les familles mangeront bon et bon marché pour être en bonne santé. Sur notre territoire, capitale de gastronomie, c’est une ambition légitime.

 

À suivre, cinquième volet : Renaud Payre face à la jeunesse