Tous les candidat.e.s aux élections métropolitaines et municipales, quelle que soit leur couleur politique, ont verdi leur programme avec des annonces écologiques. Est-ce la grande mode de cette élection ?

RENAUD PAYRE : la question écologique est l’urgence absolue. Que les candidat.e.s affichent des mesures pour faire face au réchauffement climatique est une bonne nouvelle. Elles et ils le font toutefois avec plus ou moins de pertinence et avec plus au moins de conviction. La Gauche unie est la seule liste qui conjugue des mesures écologiques et des mesures sociales. Car, pour nous, l’écologie, c’est toujours avec le social. Ce discours fait notre différence. 45 degrés en été dans la Métropole, il faut l’empêcher, il faut aussi créer les conditions pour protéger les plus modestes qui n’ont pas les moyens de faire face à cette catastrophe.

Vous dites finalement la même chose qu’Europe Écologie Les Verts, non ?

RENAUD PAYRE : sur le fond, nos idées se rejoignent ou s’alignent, c’est vrai. C’est la méthode qui nous différencie. La Gauche unie considère qu’il ne suffit pas de vouloir pour pouvoir et que l’effort public d’accompagnement doit être particulièrement important auprès des classes moyennes et populaires. Les injonctions sont inopérantes. Aujourd’hui, certains secteurs de la Métropole ne sont plus desservis par les transports en commun après 20 heures. Quand vous finissez à 21 heures, vous n’avez pas d’autre choix que de prendre une voiture, même si vous voulez faire bien et participer à l’effort collectif pour réduire la pollution et protéger le climat. Culpabiliser ceux qui ne peuvent pas faire autrement ne sert à rien. Les aider à changer est crucial. Si nous ne prenons pas d’emblée des mesures sociales sur la mobilité, sur les passoires énergétiques, sur le logement ou sur la gestion des déchets, la transition écologique sera soit une expression creuse, soit une forme d’exclusion parmi les plus violentes.

Considérez-vous que le territoire métropolitain a pris du retard sur les sujets de l’écologie, de la pollution et de lutte contre le réchauffement climatique ?

RENAUD PAYRE : l’erreur de Gérard Collomb est d’avoir considéré que le logiciel des années 2000 et le grand refrain sur l’attractivité avaient réponse à tout et pouvaient durer toujours. Force est de constater que la vision de Gérard Collomb était de courte vue. Elle est aujourd’hui datée. Il n’a pas su prendre en compte les enjeux écologiques, parce que, pour lui, ces sujets étaient secondaires. A posteriori, c’est une grave erreur et c’est effectivement ce qui explique les retards pris. Ces retards sont une fois de plus préjudiciables aux plus modestes. David Kimelfeld a longtemps partagé la même position que Gérard Collomb. Il a verdi sa politique dans les derniers mois du mandat, essentiellement pour se différencier de Gérard Collomb et pour passer du statut de dauphin à celui d’opposant. Il ne dupe que lui-même. Pour remédier aux retards accumulés sous les mandats Collomb-Kimelfeld, la Gauche unie lancera un grand emprunt écologique métropolitain grâce à une coopérative de financement pour et avec les citoyens. Cet effort volontaire des habitant.e.s qui le veulent et le peuvent contribuera à un changement de stratégie qui profitera à tous. C’est une mesure de gauche dont nous sommes fiers et que la Gauche unie est la seule à porter.

Vous souhaitez diminuer de 50% l’incinération des déchets. Est-ce tenable sur un mandat ?

RENAUD PAYRE : le sujet des déchets a longtemps été le parent pauvre des politiques publiques. Avec l’économie circulaire qui fait du déchet une ressource, l’approche a changé. En sortant de la poubelle grise tout ce qui peut être recyclable ou valorisable, comme le verre, le carton ou bientôt les déchets alimentaires pour les transformer en compost par exemple, nous pourrons demain limiter ce qui part à l’incinération. Pour cela, il faut mieux organiser le tri, créer de nouvelles stratégies de traitement avec la méthanisation ou avec du compostage notamment d’immeuble ou de quartier. Et il faut aussi des campagnes massives de sensibilisation sur les déchets, beaucoup plus incitatives et qui ne se traduisent pas par un tract supplémentaire dans la boîte aux lettres. Nous avons l’ambition d’embarquer tout le monde vers une Métropole zéro déchet zéro gaspillage.

Que faire maintenant ? Agir fort ?

RENAUD PAYRE : sur toutes les questions écologiques, la Gauche unie propose d’agir fort, d’agir vite, d’agir pour tous. Ce mandat sera celui du basculement, avec un effort collectif à accomplir qui est l’un des plus importants depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. J’insiste mais on ne peut pas simplement dire « il faut ». La puissance publique, en particulier la Métropole, doit non seulement montrer l’exemple, mais investir massivement pour entraîner les plus modestes. Nous sommes à l’inverse des politiques Macron-Collomb-Kimelfeld. La Gauche unie, c’est l’écologie pour tous avec par exemple une nouvelle politique de transport en commun et de déplacement doux, la rénovation des logements (lire le volet 2 du Grand Entretien) qui sont des passoires énergétiques, pour créer des espaces de nature partout.

Combien de parcs, jardins ou espaces de proximité imaginez-vous accompagner pour lutter contre les îlots de chaleur et rafraîchir les villes ?

RENAUD PAYRE : la Gauche unie prévoit de financer a minima la création ou la transformation de 120 parcs, jardins ou espaces naturels de proximité pour renforcer les lieux de respiration et pour lutter contre îlots de chaleur. C’est une mesure qui améliorera aussi la qualité de l’air, premier sujet de préoccupation dans la Métropole avec la sécurité. Nous le ferons en collaboration étroite avec les communes. Dans certains cas, il s’agira d’une adaptation ou d’un agrandissement de l’existant, dans d’autres, de l’aménagement d’espaces nouveaux.

Baisser la place de la voiture par deux lignes circulaires de transport en commun, est-ce l’ambition ?

RENAUD PAYRE : la Gauche unie réduira la place de la voiture avec une nouvelle approche des transports en commun, c’est une ambition partagée par l’ensemble des partis politiques de notre liste. Les transports en commun lyonnais ont aujourd’hui une configuration en étoile. Où que vous alliez, vous devez quasi systématiquement passer par le centre de Lyon, ce qui est une perte de temps considérable et ce qui ne suscite pas l’envie. Nous créerons deux lignes circulaires. La première reliera Tassin à Saint-Fons. La deuxième fera le lien entre Saint-Fons et La Doua, via Vénissieux et Vaulx-en-Velin. C’est le premier acte de l’égalité entre les territoires et du changement de comportement.

L’actuelle politique de prix des transports en commun est-elle suffisamment incitative ? Les critiques sont nombreuses.

RENAUD PAYRE : la tarification est injuste. Les habitant.e.s la jugent trop cher. Ils le disent dans toutes les enquêtes d’opinion. La Gauche unie veut revoir la tarification des TCL avec gratuité pour les scolaires, les apprentis et les étudiants et pour les bénéficiaires des minimas sociaux. C’est un acte symbolique net et clair en direction des plus modestes.

Le tout vélo, est-ce une ambition de la Gauche unie ?

RENAUD PAYRE : je me déplace à vélo. À titre personnel, je suis favorable à toutes mesures qui encouragent son développement, notamment l’amplification du réseau de pistes cyclables. Certains secteurs de la Métropole ont été oubliés. Il faut aussi des parkings plus sécurisés car le vol de vélo est un fléau. Mais politiquement, je suis en décalage avec Europe Ecologie Les Verts qui est « monocentré » sur le vélo et qui en oublie d’autres moyens de déplacement doux, plébiscités par les plus modestes. Tout le monde ne circule pas à vélo. C’est pourquoi je pense qu’il faut développer grandement les déplacements piétons. La marche est le premier moyen de déplacement doux. Or se déplacer à pied est presque toujours un parcours du combattant et source de danger. Il y a les voitures qui respectent peu les passages piétons mais il y a aussi des circulations douces anarchiques sur les trottoirs, comme les trottinettes qui renvoient aussi à l’occupation sauvage et marchande de l’espace public.

Êtes-vous favorable à un grand plan marche ?

RENAUD PAYRE : un grand plan marche pour sécuriser le cheminement des piétons et développer les zones piétonnes, trois fois oui. Parce que la marche est le mode de déplacement le moins coûteux. Parce qu’elle ne crée aucune pollution. Parce qu’elle permet de rester en bonne santé à tous les âges de la vie. Ce grand plan marche reviendra aussi à établir une charte d’usage partout pour protéger le piéton où qu’il se trouve. Mais qu’on ne se méprenne pas, quand « marcher » consiste à faire de la Métropole le laboratoire du macronisme (rires), ce qu’ont fait Gérard Collomb et David Kimelfed, je m’y oppose fermement.

À suivre, quatrième volet : Renaud Payre et les candidats de Gauche unie, le pouvoir d’achat dans le viseur