En atteignant les 10 000 euros le mètre carré à la Croix-Rousse à Lyon, le prix de l’immobilier a franchi un seuil symbolique. Est-ce une fatalité ?

RENAUD PAYRE : 10 000 euros le mètre carré, c’est effectivement un seuil symbolique qui témoigne des politiques conduites par le passé. C’est clairement le résultat des actions menées par Gérard Collomb et David Kimelfeld, sur la ville de Lyon et sur la Métropole. C’est grave pour les classes populaires et moyennes. La Croix-Rousse est un quartier historiquement ouvrier. C’est le quartier des Canuts. À ce prix, à 10 000 euros le mètre carré, il est évident qu’aujourd’hui, ils ne pourraient ni y installer leur atelier ni s’y loger.

10 000 euros le mètre carré, que s’est-il passé, comment en est-on arrivé là ?

RENAUD PAYRE : depuis trois mandats, Gérard Collomb et David Kimelfeld se gargarisent d’attractivité et de rayonnement. Si je peux reconnaître à Gérard Collomb d’avoir donné une impulsion économique qui, au début des années 2000, était nécessaire, force est de constater qu’il n’a pas su mettre en œuvre des garde-fou contre les effets pervers de sa politique. Gérard Collomb a abandonné la Métropole aux lois du marché. Il a fait le jeu de la promotion immobilière alors qu’il était en son pouvoir de prendre des mesures correctives pour limiter cette montée des prix et pour permettre aux familles modestes de continuer à vivre au cœur de la Métropole.

 

Quand David Kimelfeld dit qu’il ne sera pas le président des 10 000 euros le mètre carré. Y croyez-vous ?

RENAUD PAYRE : Je pourrais sourire de la supercherie si le sujet n’était pas dramatique. David Kimelfeld a été maire du 4e arrondissement de Lyon. Il est président de la Métropole. À l’écouter, il n’y serait pour rien ! Ce serait un autre ! Mais qui, alors ? Gérard Collomb, dont il était le premier vice-président à la Métropole et dont il était le dauphin affiché. David Kimelfeld joue en permanence de sa prétendue fibre sociale. Mais nul n’est dupe. Et les masques sont en train de tomber.

 

Accéder à un logement dans la Métropole, est-ce si difficile ?  

RENAUD PAYRE : Très difficile ! Le premier problème que connaissent les habitantes et les habitants de la Métropole, c’est celui de se loger. Le prix du mètre carré flambe. Les loyers sont hors de prix. Les logements sont inabordables. Les familles sont obligées de s’expatrier en dehors des limites de la Métropole si elles veulent d’un logement correspondant à la taille de leur foyer et à leur budget. Cela a deux conséquences : d’une part, éloigner les classes moyennes ou populaires du centre de l’agglomération, d’autre part créer un centre où se concentrent les plus riches. C’est une vision politique que la Gauche unie condamne.

 

Considérez-vous que cette difficulté à accéder à un logement au sein de la Métropole, est source d’inégalités ?

RENAUD PAYRE : Nous sommes face à un cercle vicieux qui contribue à des inégalités en chaîne. Imaginons un jeune couple, chacun des deux travaille avec une rémunération individuelle au SMIC. Au début, ils habitent Lyon. Avec l’arrivée des enfants, ils vont progressivement se déplacer toujours plus à l’est pour trouver un logement à un niveau de prix acceptable pour leur budget. Puis un  jour, ils vont être contraints de s’installer dans la plaine de l’Ain ou au Nord-Isère où les prix sont plus bas. Mais, en quittant la métropole, ils vont passer plus de temps dans les déplacements pendulaires. Ils vont s’éloigner des lieux de loisir et de culture. Ils vont s’inscrire dans une vie à la périphérie.

 

Prétendez-vous ainsi qu’inégalités sociales et inégalités territoriales vont de pair ?

RENAUD PAYRE : Bien sûr ! Dans leur stratégie conjointe, Gérard Collomb et David Kimelfeld ont isolé Lyon dans sa richesse et l’ont coupée des territoires environnants. La richesse créée à Lyon ne ruisselle pas sur les autres territoires comme ils l’ont prétendu. La magie n’existe pas. Des pôles rayonnent aux dépens d’autres territoires dévitalisés. Place Bellecour, chaque samedi depuis plus d’un an, les gilets jaunes témoignent de cette disparité. L’hypercentre est réservé aux ultra-riches et aux logements AirBnB, tandis que d’autres villes peuvent souffrir d’une grande pauvreté. Il n’y a plus beaucoup de mixité sociale. Suivons l’exemple de Berlin qui a gelé les loyers il y a longtemps ! Et menons une politique assez offensive vis-à-vis d’AirBnB !

 

Justement quelles mesures la Gauche unie propose-t-elle sur le logement ?

RENAUD PAYRE : Nous avons deux mesures phares : la construction de 6 000 logements sociaux chaque année, soit 36 000 en 6 ans ; et l’encadrement du prix des loyers. En parallèle, nous engagerons un grand plan de rénovation énergétique des logements avec l’ambition de faire baisser les factures d’énergie des familles et de lutter contre le réchauffement climatique.

 

Quand Bruno Bernard, le candidat d’Europe Écologie Les Verts à la Métropole de Lyon, invite les familles à s’installer à Saint-Etienne parce que le prix de l’immobilier est trop élevé à Lyon, quelle est votre réaction ?

RENAUD PAYRE : S’il a voulu faire de l’humour, je ne le partage pas. S’il est sérieux, c’est grave. Je n’ai rien contre Saint-Etienne, bien au contraire. Mais en faire une destination obligée parce que les loyers y sont faibles, c’est renoncer à un idéal, celui de permettre à toute famille de vivre là où elle a décidé de vivre. La remarque de Bruno Bernard témoigne précisément de la différence entre la Gauche unie et Europe Écologie Les Verts. Si la Gauche unie a totalement intégré les sujets écologiques, elle s’engage fortement sur la question sociale, ce qui n’est pas le cas d’Europe Écologie Les Verts, ce que confirme la petite phrase de Bruno Bernard.

 

À suivre, troisième volet : Renaud Payre et la question écologique